Au coeur du monde

Lundi 23 mars 2009

LE JEUNE DES QUATRE-TEMPS

Le jeûne des Quatre-temps a été institué par le pape Calixte. Il consiste à jeûner quatre fois par an, suivant les quatre saisons. Ce jeûne se justifie par quatre arguments :
1° Le printemps étant une saison humide, nous jeûnons au printemps pour tempérer en nous les humeurs pernicieuses, c'est à dire la luxure. L'été étant une saison chaude et sèche, nous jeûnons pour châtier en nous la sècheresse et l'avarice. L'automne étant une saison également sèche, mais froide, nous jeûnons pour châtier la sècheresse froide de l'orgueil. Enfin l'hiver étant une saison froide et humide, nous jeûnons pour châtier le froid de l'infidélité et de la malice.

2° Le jeûne des Quatre-Temps a pour objet de nous rappeler le jeûne des juifs, qui jeûnaient quatre fois par an, avant la Pâque, avant la Pentecôte, avant la fête des Tabernacles et avant la dédication de décembre.

3° L'homme étant formé de quatre éléments, quand au corps, et de trois facultés, quant à l'âme, nous devons jeûner quatre fois par an, pendant trois jours chaque fois.

4° Le printemps se rapporte à l'enfance, l'été à l'adolescence, l'automne à l'âge viril, l'hiver à la vieillesse. Nous devons donc jeuner au printemps pour être innoncents comme des enfants; en été, pour être forts comme des adolescents, en automne, pour être mûrs par la justice, comme le veut l'âge viril; en hiver pour acquérir la sagesse et la probité des vieillards. Ou, plutôt encore, nous devons jeûner en hiver pour expier les fautes commises par nous pendant les saisons précédentes.

Jacques de Voragine - "La Légende dorée"

Né vers 1230, à Varaggio, près de Gênes, il entre dans l'ordre des dominicains en 1244. Grand prédicateur, auteur prolifique, défenseur des Génois, il est élu évêque de Gènes en 1292 et meurt en 1298.

Sans souci de critique historique, l'auteur a récolté les faits épars dans une foule d'écrits, de chroniques et de biographie dispersées. Aujourd'hui, la Légende dorée est une extraordinaire anthologie naïve, riche d'histoire et de culture finalement, car bien entendu ces légendes ont inspiré très souvent les artistes chrétiens, peintres et autres.



Par Fremen
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Mercredi 31 décembre 2008
Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s'y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l'assassin et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule et les premiers frissons de l'aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l'immolée, toi que j'attends.
Parfois d'étranges fissures naissent à l'instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparraissent et se fanent et renaissent comme des feux d'artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
Et l'âme palpable de l'étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d'il y a 2000 ans et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t'obstines à s'y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m'appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion mais qui n'approches ton visage du mien que mes yeux clos aussi bien au rêve qu'à la réalité.
Toi qu'en dépit d'une rhétorique facile où le flot meurt sur les plages, où la corneille vole dans des usines en ruine, où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoue mon esprit plein de métamorphoses et qui me laisse ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer, des fleuves, des forêts, des villes, des herbes, des poumons de millions et millions d'êtres.
Dans la nuit, il y a les merveilles du monde.
Dans la nuit, il n'y a pas d'anges gardiens, mais il y a le sommeil.
Dans la nuit, il y a toi.
Dans le jour aussi.

Robert DESNOS




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Par Fremen
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Jeudi 25 décembre 2008

If I should find myself in blackest night
and fear is stabbin' me all over
a tiny prayer cracks the dark with light
and I hear sounds behind my wall
Inside, a still, small
voice, it calls and calls
Then like a thunder bolt
it falls and falls
My God

When life becomes more real
than children's games
or we've become too old to play them
We'll grow old gracefully
we'll hide our shame
but there's that voice behind the wall
And like my conscience
it is still and small
Each word is mercy
protects us all

My God


Et in lux perpetuo
Deu domine

Et in pax aeternus

Deu domine



I was a boy
when tempted
fell sometimes
and fell so low
no one could see me
save for the eyes of Him
that sees my crime

When sheep
like me, have drifted lost
all frightened children who
are tempest tossed
down flies His wrath like an albatross
My God

 My god - Alice Cooper



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Voici, voici donc une "sublimation de braise et de cendres", en hommage au poète qui célébra en 1911, après une nuit d'errance dans les bas quartiers de "la grande pomme", sa compassion mystique pour les parias et, à mes yeux, la modeste condition de l'homme ici bas. En somme, une épiphanie moderne et irrévérencieuse, mais sublime, tellement sublime. Au coeur du monde. Du monde entier.


Par Fremen
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Vendredi 28 novembre 2008

 

 

 

“Les fleurs de la différence ont besoin de pénombre pour subsister.”

 

Claude LEVI-STRAUSS

 

 


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Par Fremen
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Mardi 25 novembre 2008

Je viens de la campagne. J'ai toujours eu envie d'aller plus loin, de vivre dans une grande ville. En France, j'ai le bonheur d'habiter dans une grande tour.

 

Dans les premiers jours, un homme noir a sonné à la porte. J'ai ouvert et je l'ai aussitôt refermée. Par peur. Le soir, j'ai raconté cela à mon mari qui a rigolé. Cet homme, il le connaissait bien : c'était l'assureur, un homme qui vient protéger les gens.

 

Pour aller au marché couvert, je comptais les portes pour pouvoir revenir chez moi et ne pas me perdre.

 

Le premier jour de mon arrivée, j'ai tricoté. Mon mari travaillait, j'étais seule. Les jours suivants, j'ai attendu mes cinq enfants qui sont nés les uns après les autres.

 

J'ai été surpris par le bon accueil, la chaleur humaine, le sourire. Je n'ai pas de détail à vous donner. Je vous donne le gros de mon étonnement quand je suis arrivé en France, en tant que réfugié politique.

 

Les églises sont énormes en France et les toitures sont penchées. Au début, j'avais peur qu'elles m'écrasent. Je serrai le bras de mon mari, il est tellement solide.

 

Bordeaux, c'est comme Oran, mais sans le raï. Enfin, ce n'est pas tout à fait exact, il y a des rails à Bordeaux qui sillonnent la ville, mais sans la musique.

 

A mon arrivée, j'ai vu que les portes en verre s'ouvraient toutes seules. J'ai sincèrement cru que c'était des fantômes transparents.

 

Aux Comores, nous n'utilisons pas de sonnettes pour s'annoncer aux portes. En France, j'ai découvert les sonnettes qui frappent aux portes à notre place.

 

Il fait parfois très froid. Je préparais la soupe pour mon mari. Il la réchauffait sur le chantier. Ensuite, il ramenait les restes de son repas à la maison. En hiver, je retrouvais souvent au fond de la gamelle une glace à la soupe.

 

Mon mari que je n'avais pas vu depuis douze ans m'attendait à l'aéroport. J'ai eu peur de prendre l'ascenceur. J'étais pressée de le rejoindre mais j'ai préféré faire comme d'habitude. Je n'étais plus à une minute près de toute façon.

 

Ce qui m'a dérangé, c'est la taille des cuisines françaises. En Turquie, les cuisines sont grandes, ici, elles sont toutes maigres. J'ai été surprise aussi par le mélange des gens venus du monde entier, comme un ragoût bien épicé.

 

J'arrivais de Madagascar, d'un endroit calme pour habiter à Gradignan, un endroit calme. Tout allait bien.

 

Ma fille s'est mariée en France dernièrement. Nous avons fait une grande fête, j'ai dansé avec mon mari. Il m'a embrassé devant tous les invités, si bien qu'on ne savait plus qui était la mariée, la mère ou la fille.

 

 

On vous écrit de CENON - 2005

Cette action, lancée et coordonnée depuis 2003 par ALIFS, associe de nombreux partenaires autour de la commune de Cenon : le centre social et culturel, la médiathèque et trois écoles, l'association FAIRE, l'ACRIJ, O2 Radio, le Thé de l'amitié, le Centre Georges Brassens. Le 3ème volet met en scène, en 2005, des paroles d'habitants - jeunes et moins jeunes - travaillées lors d'ateliers d'écriture et d'illustration menés par le poète David Dumontier et l'illustrateur ZAU.


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Par Fremen
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