Vendredi 27 mars 09
Levé 5 h 30, 20 minutes pour sortir du lit. Douche les yeux encore fermés, une banane un peu trop mure pour se caler l'estomac. La piste dégagée sur les boulevards extérieurs. Ca y est, la caravelle a décollé. Enfilade de feux tricolores qui passent au vert à
l'approche du vaisseau. Légère apesanteur dans l'habitacle. Des vibrations étranges dans l'atmosphère matinale. Lynchienne. Sourde inquiétude aux abords de la gare, non. Le vaisseau s'est
engouffré dans la bouche du parking, affamée. Se range sagement dans la travée. Bien 10 minutes de délais pour rejoindre la rame de wagons, alignés, au fond, extérieur nuit, là-bas.
Après le départ, le convoi file. A la SNCF, pas fous. Ils nettoyent pas les vitres, histoire de dissimuler la grisaille, la morosité ambiante du paysage, au lever du soleil.
Pas voir les dégats, pas voir les stigmates de Klaus. Les arbres déchiquetés, souvent au milieu du tronc, comme des bougies, avec la trace claire, au point de rupture, la déchirure. Comme si on
avait besoin de ça pour partir au boulot, plein d'entrain et de désinvolture.
A Morcenx, les alignements de wagons citerne, de l'autre côté de la voie rappellent le train électrique miniature de l'enfance. Sont stockés là, inamovibles dans le paysage. Rosebud. Un banc
déserté n'en finit pas d'attendre la compagnie des gens. Peine perdue. Lynch est toujours là. Des vibrations font grésiller l'air, sous le ciel bas.
Etrange atmosphère, avec la luminosité restreinte. Et un panneau limite alarmant.
Encore, la vision du cataclysme imprimée sur la rétine. 2 mois plus tard. Je pense à Bernard qui me disait encore l'autre soir : 2 fois en 10 ans, les gens d'ici ont pris un sale coup au moral.
Et tous les sentiments rentrés en dedans, z'arrivent pas à en parler.
A Dax, ciel toujours aussi bas. Correspondance réussie pour notre glorieuse SNCF : plus de train comme annoncé initialement. Le bus jusqu'à Pau : 1 h 30 de trajet
en plus dans la vue, et prends ça dans la tête ! ! !
.../...
A Pau, tout va mieux. Forcément. Après
le rendez vous du matin, le repas de midi, déambulation solaire dans le centre ville.
Juste le temps de prendre un Imperial
d'Or, chinois fumé dans une théière victorienne, comme au temps où les britanniques sujets venaient prendre l'air aux Pyrénées, engoncé dans le transat, craquant de toute part.
Et avant de céder au vertige ambiant, revenir sur terre,
sans répit, déjà le temps de la descente...
Vers la sage immobilité, le régulier ordonnancement de l'existence
ici-bas. Ouuupppppsss, c'est ça.
Redevenir sérieux, le temps d'un entretien, foncier, espace, urbanisme. Cohérence.Territoriale. Suis SCOTché.
Ensuite, c'est le retour, par la voie ferrée, regard ferré, capté,
captivé par le paysage landais. Désolé, par fragments. Les arbres ici aussi, ont le tournis. Contagion de l'esprit, frémissements palpables à travers la vitre. Difficile de se dériveter les yeux
de cette vision dantesque. Encore une fois, penser à ceux là, qui se relèvent, déterminés, les manches retroussées.
"Le Pays des Landes de Gascogne a été le territoire le plus durement touché par la tempête Klaus du 24 janvier 2009. Sur certaines communes, plus de 60% de la
superficie en pin maritime est maintenant à terre, soit une première estimation de 300 000 ha de forêt détruite."
"Les Landes, c'est un pays d'aventuriers. Nos ancêtres étaient bergers, nos parents sont devenus gémmeurs, et nous nous
sommes convertis à l'industrie du bois...soixante ans plus tard, il faut tout recommencer. C'est douloureux, mais nous sommes vaccinés."
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