Cet après midi, enfin, hier après midi, fait une tournée à vélo dans Bordeaux. De 15 h à 19 h, vadrouillé dans le centre ancien et repéré quelques bouqinistes. Dégoté le texte
intégral d'une pièce de Musset. 1€50, ça reste raisonnable. Et ce soir, retrouvé un extrait que j'ai dans la tête, très souvent. Acte 3, scène 3.
"Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette...(il frappe sa poitrine) il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon coeur à quelques fibres de mon coeur d'autrefois ? Songes tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes tu que je glisse depuis deux ans sur un rocher taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'ai pu cramponner mes ongles ? Crois tu que je n'aie plus d'orgeuil, parceque je n'ai plus de honte, et veux tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s'évanouir, j'épargnerai peut être ce conducteur de boeufs - mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche. J'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom, qui m'accablent d'injures pour se dispenser de m'assommer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain ; il faut que le monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut être demain que je tue Alexandre; dans deux jours, j'aurai fini."
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