
L'on rejoint ici cette nécessité intérieure, cette insatisfaction profonde qui meut l'aventurier : plus seul que quiconque, il se résigne aussi plus mal que quiconque à sa solitude - il s'y résigne même si mal que c'est en partie pour l'éluder qu'il fuit. Plus exactement, il espère même se transformer radicalement par ce qu'on est bien obligé d'appeler la communion : Les hommes unis à la fois par l 'espoir et par l'action accèdent, comme les hommes unis par l'amour, à des domaines auxquels ils n'accèderaient pas seuls(*). C'est bien de l'essence même de l'homme qu'il s'agit puisque Malraux termine sa préface au Temps du Mépris en proclamant qu'il est difficile d'être un homme. Mais pas plus de le devenir en approfondissant sa communion qu'en cultivant sa différence - et la première (c'est à dire la libération de la solitude) nourrit avec autant de force au moins ce par quoi l'homme est homme, ce par quoi il se dépasse, crée, invente ou se conçoit. L'accession à ces domaines qu'il pressent à peine, l'exaltation de son être par la rencontre dans l'action avec autrui semble donc bien constituer une des vocations essentielles de l'aventurier.
* André Malraux : L'Espoir, II,1.
"En 1950, Roger Stéphane, publie aux Editions du Sagittaire de son ami Léon Pierre-Quint, Portrait de l'Aventurier, remarquable essai sur trois hommes d'action, T.E. Lawrence, André Malraux et Ernst Von Salomon, qui tentèrent de subordonner l'histoire à leurs propres destins, livre d'amitié sur ceux qui agissent, "sans espérance, sans illusion" guidés seulement par le désespoir ou la lucidité.
Extrait d'une préface de Daniel Rondeau.
Dimanche 25 mai 2008
par Fremen
publié dans :
Coeur de tonnerre
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