Nous y voilà, nous y sommes. Depuis 50 ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au fond du
gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance. Nous
avons chanté, dansé. Quand je dis "nous", entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos
fumées dans l'air, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé dans tous les sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui
clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifé la pluie, créé des clones, franchement, on peut dire qu'on s'est bien amusés. On a réussi des trucs carrément
épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stean, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter
l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement, on s'est marrés. Franchement, on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est
plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes. A la troisième révolution. [...].
Fred Vargas est une femme de lettres française, née le 7 juin 1957 à Paris. Auteur de romans policiers à fort succès, elle a choisi avec "Vargas", le même pseudonyme que sa soeur jumelle
Joëlle, peintre contemporaine connue sous le nom de Jo Vargas.
Ce pseudonyme fait référence à Maria Vargas, personnage jouée par l'actrice Ava Gardner dans le film La Comtesse aux pieds nus.
Par Fremen
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Publié dans : Coups de tonnerre
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