Vendredi 19 décembre 2008
Ce matin là, nous avions
convenu, avec Ward, de nous retrouver vers 6 h 45 devant le refuge d'Ayous. Le temps de prendre un thé et quelques barres énergétiques. En face, le Pic du Midi d'Ossau a soupiré un moment, comme
un randonneur endormi, expirant lentement un voile de condensation. Partis vers 07 h 15, on a suivi une variante du GR10, pour remonter vers le Lac Bersau, à 2103 m. Là, croisé une harde d'isards
qui ont filé tranquillement. Vers le lac Casterau, sous le pic du même nom, quelques marmottes peu farouches nous ont considéré, de loin, avec curiosité.
On a poursuivi avec le soleil levant, plein Est, pour
arriver en fin de descente vers la cabanne de Cap de Pount. A peine une pause pour se désaltérer, en mirant la large vallée qui descend jusqu'au lac de Bious Artigues (le tracé original du GR).
On a choisi la voie abrupte. Ward veut rejoindre le refuge de Pombie, et couper plein Est vers la Senta espagnole, J'ai juste envie de faire le tour de l'Ossau, pour avoir une belle étape,
avant demain. Me préparer un peu à l'épreuve...
On a donc suivi le tracé de la HRP, plein fer en direction du col de Peyreget. Ward m'a dit être chargé avec 25 kgs, j'en frémis rien que d'y penser. On adopte un rythme diesel, les crampons
comme une crémaillère, lente mais régulière. A la cabane de Peyreget, on a mangé 300 m de dénivelé, et le soleil frappe fort. Pas à pas, l'abnégation de Ward m'impressionne. Je lui propose une
pause avant le lac de Peyreget, mais il continue sans sourciller. Arrivés au bord du lacquet, on se refait une pause énergétique, le temps est sublime, et retapés par l'encas, on repart.
Au final, après 5 h de marche, depuis le refuge d'Ayous, nous voilà au sommet de la journée, le col de Peyreget, avec en toile de fond Ariel, Balaïtous, Pallas et consorts. On se congratule,
comme des gamins, comme si on avait fait le K2 sans oxygène.
Après ça, on a filé en contournant l'Ossau par le
Sud, cap sur le refuge de Pombie, que je n'ai jamais connu auparavant que dans la brume. On se fait une pause, boire un coup, et puis le menu a l'air tellement engageant, la patronne du refuge
marrante et sympa, avec 3 jeunes aides. Le temps d'engloutir une omelette à la ventrêche (il connaissait pas, le Ward, mais a dévoré son plat sans hésiter). Puis un gâteau maison Orange Cannelle
et un café. Rien de tel qu'un refuge en altitude et une montée interminable sous le cagnard pour apprécier cette vraie gastronomie de casse-croute, Mmmmmhhhhmmmm
Et puis, et puis, Ward doit filer vers la cabane du
caillou de Socques pour joindre le refuge d'Arrémoulit, je bifurque vers le Nord, pour boucler ce tour de l'Ossau dans la journée. Je vois sa silhouette disparaître en contrebas, ça me fait tout
drôle, cette amitié silencieuse et discrète, mais intense à l'intérieur. Je reprends la route, surplombé par "Jean-Pierre", immense rempart granitique au dessus de l'azur, vertige passager
en contre plongée. Allez, c'est reparti. Des troupeaux de nuages éclatants indiquent la direction du col de Suzon. Une brève pause pour prendre les batons, et je me farcis une descente à tombeau
ouvert...
Je ne sens pas la fatigue, les genous bien calés, je dévale, dopé par cette fabuleuse omelette, j'ai du griller tout le gras de la ventrêche dans la descente furieuse.
A peine une pause à l'orée de la forêt, au col de Magnabaigt,
en face du soum d'Aas, et je reprends la descente dans le bois de Bious Artigues. Impatient.
A peine 1 h 45 depuis le refuge de Pombie, j'en
reviens pas, d'avoir explosé le temps donné par le guide, pour rejoindre le Lac de Bious Artigues !
Ensuite, je me pête une bonne heure de marche sur la route goudronnée qui mène à Gabas.
Là, je tombe sans peine sur le refuge du CAF. Douche, lessive, repos. Pendant que je sirote un demi pêche, en bouquinant Bruce Chatwin, un gars qui discutait avec la serveuse, Fabrice, me
cause de ses voyages : "En Patagonie". Dépaysement garanti.
Plus tard, dans la soirée, repas festif avec des randonneurs niçois et ... croates ! La Méditerrannée s'est donnée rendez vous à Gabas.
Au coucher, dans le dortoir, je trouve pas le sommeil. Douleur dans les yeux, je sors mon duvet et je me cale un petit bivouac improvisé outdoor, sous la nuée étoilée. Demain est un autre
jour.
PS : le 20 décembre, Place Camille Jullian, en attendant d'aller au ciné, je mange un sandwitch à la devanture du magasin de sport Patagonia. Sur la porte, une
annonce d'un guide de montagne qui propose des circuits en Patagonie. Fabrice, avec un numéro de tél en "05 59". Je suis sûr que c'est le gars du refuge de Gabas. C'est dingue, je n'arrête pas de
trouver des connexions partout où je passe. Ma théorie des ondes vibratoires invisibles qui relient l'univers alentours et ailleurs se vérifie tous les jours un peu plus. Je finirai dingo... au
dessus d'un nid de coucou.
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