Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /Jan /2009 01:00


Pris le temps de me lever, ranger le bazar dans le sac à dos, linge sale, bouffe, lessive de la veille, presque sèche. Petit dèj très complet, seul dans la salle de resto de l'hôtel. Dehors, épaisse nappe de brouillard, encore plus dense que la panna cotta du p'tit dèj. File plein sud, vers la piste du chateau d'eau.



Croise un groupe de gamins, reconnu l'animateur, Fabrice, le guide "Patagonie" de l'avant veille au bar du CAF. Bribes d'explications sur le sous sol rocheux et la géologie, happées en coup de vent. Sur la route du col de Torte, la rosée recouvre déjà le pantalon et la veste de KWAY prudemment enfilés, dès le départ.



A peine le temps de surplomber un troupeau laineux et de distinguer le village en contrebas, fantomatique, le GR m'emporte.

Pas de bruits, l'atmosphère semble comme étouffée, enfiler les lacets en montant. Prendre la bifurcation dans la plantation ONF. Pas âme qui vive.


Eviter le piège des épeires, moelleux et irisé par la bruine, séduisant et futile. D'un coup de baton, déchirer le voile ? Non, laisser la vision m'imprimer la rétine. Juste ça, et penser comme le mystique d'Assise, à "Soeur Araignée", qui inonde le paysage de la beauté tissée, d'un linceuil délicat...


Pressentir la trace fumeuse d'un troll imaginaire dans les amas d'un chaos granitique, parsemé de sorbiers et gravir les échelles du temps...


Laisser l'imagination divaguer, jusqu'au point culminant de la journée, le col de Tortes, s'enrhumer les neurones avec cette couverture brumeuse, iridescente. Là, Pause salade de thon, sous le panneau affamé, des ruisselets boueux dégorgent de la cabane de captage, pas vraiment un déluge, mais une belle pateaugoire pour rincer les godasses.


Allez, c'est reparti, toujours dans le brouillard, mais la dose de sucres lents (toujours les patauthon) fait son effet tranquillement. La glycémie remonte, et le moral avec.


Plus bas, un troupeau, encore, comme surgi de nulle part. Il n'y a pas toute la scène sur ces clichés. Alors que je shoote la gent moutonnière, une forme plus imposante émerge du troupeau...
Putain ! Un patou gigantesque traverse la nuée de bestioles bélantes et s'avance en grognant, canines en dehors. Puissante montée d'adrénaline, plus je lui parle, plus il grogne, reculade. Il suit. Palabres pour le rassurer, Aboiements en échos. Mène par large, contournement stratégique, à pas lents, accélération, franchissement de ruisseau et déviation, perte du GR. Merde, merde remerde. Perdu la trace, en empruntant un talwegh à l'Est. Puis retour à la boussole. Plein Ouest.


Retour sur le GR, la route du Soulor surgit de la brume. Et avec elle, une flopée de fraises des bois, à point. Pouf pouf pouf, divins fruits sucrés et gouteux après les émotions récentes. Et bim ! redescente vers le cirque du Litor. Le groupe d'allemands croisés m'ont prévenu, "il y a un sanglier... un peu macho !"



La trace du GR se perd dans les prés, le balisage dans ce brouillard ? Pas la peine de compter dessus... Plus loin, ouf, enfin retrouver la sente dans de la rocaille, clean, bien piétinée, rassurante.


Et voilà, aux abords d'un troupeau, le voilà le "sanglier macho"... Mais c'est un marcasseau prépubère ? ! ?

Il a tout de même le sens du territoire, il me suit du regard, pendant que je contourne le troupeau de moutons. Bon sang, c'est clair, il les quitte pas les ovins ! Il les garde, je rêve, il les GAAAAARRRDE.

Au train où ça va, le prochain troupeau, sera surveillé par un ours !

Et là, j'échaffaude et je décrypte le complot, je recompose le scénario : le berger de ce troupeau, chasseur à ses heures perdues, a recueilli le jeune marcassin dont il a flingué la mère, l'a fait allaiter par les brebis et l'a élévé dans le troupeau, créant ainsi un indéffectible lien de parenté. Domestication empirique et fonctionnelle : le bougre, maintenant, il défend sa famille moutonnesque !


Sur ces considérations métaphysiques, je reperds le GR, j'essaye de tracer, à travers des espèces de tourbières et de nardaies gorgées d'eau, des champs de fougères aigle envahissantes. Toujours pas la moindre balise... Tentative d' azimuth brutal dans la pente en face. Toujours rien. Un point d'orientation, boussole - carte, découvre que me suis planté, parti trop au Nord, et par un subtil recadrage magnétique, dont mon compère chamineux et transmassif serait fier, je recolle au cap, Est Sud Est. Et paf ! le panneau salvateur !


Plus loin, toujours le GR qui emprunte la route du Soulor (et du mythique Col d'Aubisque), génial, le sommet de l'accueil, au mois d'août... Mais, suis mauvaise langue, il y a plus de 20 ans, passé 6 mois fabuleux dans une vallée voisine...

D'ailleurs, ça ne décourage pas les forçats de la bicyclette, ils causent tous en hollandais... Ca doit leur changer des polders, hein ? Alors, on a pris assez de réserve de gouda ? Mhuuummm, un vieux gouda à la mimolette, je rêve d'un casse croute fromâââger, d'un seul coup (la bouffe, toujours la bouffe)


Après la traversée de la route, le balisage est carrément aux petits oignons, merci qui ? Apparemment, on a changé de département...

Juste le temps d'avaler le col de Saucède, une photo dédicace à ce compagnon de 20 ans d'âge (enfin, 1989, ce sera pour l'an prochain, la médaille du mérite en portage rando...).


Des vaches par ci, des vaches par là, dans la descente. Ca ne m'amuse plus, plus de montée, juste la pluie qui ruisselle sur les flancs du chapeau baroudeur, un peu marre de floppiflopper dans les godasses. D'ici, je peux sentir le dessous des orteils tout frippés par l'humidité. Je les tortille pour les réchauffer, sur les semelles imbibées. La baaaarbe !



Et voilà, après 4 h 45 de marche, les prairies de fauche du fond de vallée et les batiments d'un centre de soins, à Arrens...

Le ciel est toujours aussi bas, mais la pluie a cessé.

Arrens est un gros bourg, avenant et épicurien. De dizaines de vacanciers se balladent dans les rues, envahissent les commerces traditionnels, des charcuteries avec du jambon maison, des patisseries aux devantures bouleversantes...



Laisse sur la gauche la trace du GR, qui file vers l'Est, emprunte un pont de pierre au charme discret et les Pyrénées centrales. La suite, ce sera pour l'an prochain.

Le blues monte, juste le temps de changer de fringues et se défaire de l'humidité de la journée. Retour en stop et en sandales jusqu'à Lourdes, pile poil pour récupérer le dernier train en partance pour Bordeaux.









Par Fremen - Publié dans : Randonnée
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 14:00

Selon Robin DUNBAR, la fonction fondatrice du langage, chez l'homme, peut se comparer à celle de l'épouillage chez le singe : un bavardage dont l'effet est d'entretenir des liens d'empathie.


Lu dans "la Darwinisation de l'esprit humain", un article de Nicolas JOURNET  - Numéro Hors Série 200 - Sciences Humaines - Janvier 2009



A part ça ? Le titre du morceau ci-dessus, choisi pour sonoriser l'ambiance, m'a amené à rechercher le terme Synchronicité dans Wikipedia.

...Où il est établi que mes intuitions personnelles et intérieures sont définitivement battues en brêche, déjà imaginées, conceptualisées et énoncées par d'autres, et notamment par le père JUNG :

"La complexité de la psychologie analytique tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l'ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement."

Voilà, c'est mon moment de culture hebdomadaire, que je dédicace à Mère Castor, experte en tag et en tricot, entre autres talents...

Et pour illustrer ce phénomène, j'ai retrouvé un article qui date du mois de juin dernier...
Par Fremen - Publié dans : Coeur de tonnerre
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 23:59

Fabuleux débat sur une chaine de TV publique, ce soir (ou jamais), pris à l'arrache, par surprise. Comprendre le monde dans lequel je vis. Mais bon sang, c'est tellement éclairant, limpide, empreint de clairvoyance et d'intelligence collective. L'analyse d'un monde contemporain, avec Pierre ROSANVALLON, Michel ONFRAY, Bernard STIEGLER, Chantal DELSOL et ... en Bonus Extra Ball "Same player shoots again"... Paul AUSTER. Rien que ça.

Un enchainement de discussions en cascades qui se renvoient en effet miroir, toutes les facettes d'un univers en mutation, l'analyse lucide, précise et contrastée des espoirs et des difficultés qui se dessinent avec l'arrivée d'OBAMA. Une mutation profonde et sismique, dont on a peine à mesurer l'impact. Une vision décortiquée de "la crise", remise en perspective historique, depuis le début du XXème siècle.

Ce soir, en suivant le débat, des pensées ont traversé l'atmosphère alentours, des visages m'ont zébré les neurones, dans un voyage immobile. Etrange de faire se cotoyer dans un même élan instantané, la grande histoire en marche de part et d'autre de l'Atlantique, avec l'anecdotique et émotive actualité de la famille, des proches, de visages qui comptent, qui me font frémir  de crainte, d'inquiétude, d'affection...

Ce soir, j'ai dans le corps et les tripes un magma incandescent, un océan d'émotions contradictoires et échevelées.

Ce soir, je me sens vivre à travers d'autres.

J'aime à me souvenir de ces forts mots de Blaise : Je suis l'Autre, trop sensible.

Et en même temps, me réjouir de ce bouillonnant sentiment de
vie


Découvrez Hans Zimmer!



Par Fremen - Publié dans : Coups de tonnerre
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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 10:21

"Vous avez jusqu'au  janvier pour arrêter d'envoyer vos filles à l'école. Si vous passez outre à cet avertissement, nous tuerons ces filles. Nous avertissons également les écoles qu'elles doivent accueillir aucune fille, sinon nous ferons exploser leurs batiments."

Lu dans le Canard enchainé du 31 décembre dernier. Déclaration d'un chef de rebelles talibans pakistanais.

 

La semaine précédente, débat d'experts à la TV, expliquant qu' on avait tendance à un peu trop diaboliser les talibans et qu'ils étaient tout de même plus respectables que les chefs de guerre afghans qui les combattaient (notamment Massoud...). Ce qui explique le chaos actuel...

Ah bon ? Vivement le retour au pouvoir des talibans, alors !  Et que les femmes retournent à leurs fourneaux, leurs landaux et leurs tricots  ! ? !

Sacrés experts...

Par Fremen - Publié dans : Coups de tonnerre
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 04:58


A la sollicitation complice et attentionnée de Mère Castor, une première contribution au jeu du tag "Inculture" - section Musique et Cuivres.

Avant cet instant,  je ne savais pas...

Je ne savais pas que c'est la chanson des BEATLES  "
Lucy In the Sky" qui avait inspiré à Yves COPPENS et ses collègues le prénom de leur découverte paléoanthropologique, en 1974, en Ethiopie.

Je ne savais pas que le chanteur sétois, Le Georges, avait reçu le prix Vincent Scotto décerné par la SACEM pour la chanson "Trompettes de la Renommée" élue meilleure chanson de l'année 1963 (et c'est une année fondatrice à mes yeux, n'est ce pas,
Mam... ?)

Je ne savais pas que Lou REED a intitulé sa chanson culte "Walk on the Wild Side" en référence à un bouquin de Nelson ALGREN (n'est ce pas,
Constance ?)

 

C'est vous dire l'état de mon inculture musicale, et je ne vous parlerai pas de mon absence de pratique solfégique  : le week end dernier, ma grande soeur  a vainement tenté de m'expliquer les nuances dans la composition de Bach et de Vivaldi, une histoire de doubles croches et de syncopes... (une histoire à vous donner le tournis, n'est ce pas, Sabine ?)

Et merci qui ?
Merci, le subtil dérangement gastrique qui m'a causé cette belle insomnie matutinale.
Merci, mon fidèle et vieux radio réveil, calé depuis 3 décennies sur France Inter, allumé à 4 h du mat'
Merci, l'émission géniale et par trop confidentielle de
Laurent LAVIGE  "Sur la Route"....

Avant cela, j'étais inculte, vraiment. Et puis là, d'un seul coup, les gargouillis dans mon ventrou semblent apaisés, comme l'enfant dans les bras de sa mère, par cet afflux soudain de culture musicale...

Ainsi, à pas comptés, sans hâte ni impatience, mon inculture se dissout dans des instants innatendus, des imprévus impromptus. Je l'aime bien, mon inculture, elle me rend curieux, captivé, et rarement déçu.



Découvrez The Police!




Par Fremen - Publié dans : Coups de tonnerre
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